lundi 14 décembre 2009

Brève étude sur la chaise musicale comme allégorie de l'argent-dette

Je suis tombé un peu par hasard sur un document vidéo qui m'explique la définition de l'argent-dette. (C'est long -52min- mais prenez la peine d'écouter au moins la prémisse; laissez faire sa conclusion créditiste à la fin, pour moi c'est un autre débat où je ne m'aventurerai pas)  Je suis également tombé de ma chaise quand j'ai fait finalement le lien entre notre système économique expliqué dans ce vidéo et la pression faite sur notre système écologique que j'observe. Non pas que je suis stupide au point de ne rien voir mais je cherchais un lien de cause à effet systémique. Et c'est justement ce bref éclair de lucidité qui m'a traversé que je vais humblement tenter de vous partager .

Que la fête commence


J'avais toujours cru que le système économique dans lequel je suis né était basé sur une masse monétaire finie. Si je perdais ma cenne noire dans un puits, c'était une cenne noire qui ne pourra plus circuler dans la chaîne économique.  J'étais naïf et jeune.  Je vois le jeu de la chaise musicale comme une allégorie de la vie économique: ma cenne noire en moins comme la chaise en moins dans ce jeu d'élimination.  En fait, il est illogique qu'un masse monétaire finie ne fasse pas augmenter sa valeur puisque j'adhère au principe que ce qui est rare se fait payer plus cher.  Diminuer la masse monétaire et il s'en suivrait une crise de liquidité effroyable puisque tout le monde en demanderait pour payer ses transactions et son coût d'achat annulerait les bénéfices d'en avoir. La métaphore se tient, en retirant les chaises une à une, les participants du jeu de chaise deviennent de plus en plus agressifs. 
Donc c'est plus logique, et efficace, de créer une monnaie liquide et illimité qui irrigue comme il faut le circuit économique.  C'est un lubrifiant efficace, dommage que la vidange des impuretés se fasse dans un garage du tiers-monde.  Ce que le système de l'argent-dette m'apprend c'est que l'argent est crée mais que jamais la dette ne pourra être remboursée.  C'est mathématiquement impossible. Comme au jeu de la chaise, il y a quelqu'un qui ne pourra pas s'asseoir.

La fabrique de chaise illimitée
L'idée de l'argent-dette est tellement simple que je vais vous le décrire en reprenant la même allégorie du jeu de chaise.  Ajoutons-y une règle nouvelle. Pour jouer avec moi, il vous faut une chaise que je vous prête sous la condition de me la rembourser le lendemain par les deux actions suivantes: vous devrez trouver un nouveau partenaire pour jouer avec nous et vous devrez fabriquer une nouvelle chaise. Bien sûr, le partenaire est tenu à suivre cette règle et moi je lui prête la chaise que vous avez fabriquée. À ce jeu, je suis en mesure, avec une seule chaise, de générer une multitude de chaises que je pourrai prêter à tous les nouveaux partenaires qui s'ajouteront au jeu.  Vous voyez que c'est exponentiel.  C'est une règle stupide, mais on voit qu'une forêt entière sera vite dévastée, et le dernier joueur n'ayant plus de bois pour fabriquer sa chaise sera en dette. Sans compter que ensuite il y a plus de joueur que de chaise, ça va jouer du coude très bientôt pour gagner sa place.

L'intérêt de la course autour des chaises

Pour ceux qui ont eut la flegme d'écouter le vidéo, un petit recap'. L'idée simplifiée de l'argent-dette présente un banquier qui prête de l'argent qu'il imprime sur demande avec entente avec l'emprunteur qu'il lui doit ce montant plus un intérêt.  L'intérêt se paye en argent.  Argent qui n'est pas encore été imprimé.  Pour l'imprimer, il faut que le banquier reçoit une autre demande d'emprunt.  Le nouvel argent ne sera imprimé qu'avec l'assurance d'être remboursé, donc l'emprunteur se doit d'être productif à chaque fois.  Sans vous faire un dessin compliqué, vous avez compris que si ce système économique est efficace (car tous courent pour produire et vendre pour ramasser le plus d'argent et rembourser --- la richesse d'un peuple est basée sur cette productivité--- ), il est quand même très ressemblant au jeu de la chaises musicale.  Si quelqu'un ne rembourse pas, c'est une chaîne de confiance qui sera rompu.  C'est pourquoi le système économique en place doit rouler, et rouler longtemps, parce qu'il faut alimenter cet inflation de la bulle argent.  C'est ce qui a bien failli éclater en 2008.  

Place indéfiniment disponible?
Notre économie se gonfle et nous rend riche parce que les gens remboursent et font circuler l'argent et les biens. Mais, en simplifiant à l'extrême, encore, une productivité s'exprime par une extraction des ressources naturelles.  Si la dette gonfle, la demande en ressource sera mathématiquement croissante.    Et comme l'argent-dette est créé ex-nihilo à l'infini, pour chaque acteur de nouveau dans la ronde, nous voyons une course exponentielle à la productivité pour rembourser sa dette. Une demande économique artificiellement infinie n'est pas indéfiniment valide dans le monde réel.  C'est là que j'ai compris que ce système ne peut pas être stabilisé, il doit aller de l'avant.  Et on ne peut pas non plus demander de faire une production responsable et durable pour le stabiliser.  Même pour les ressources renouvelables, disons la laine de mouton, par exemple, que l'on peut éternellement tondre, à cause que la dette augmente, il nous faudra plus de moutons pour gagner plus d'argent pour rembourser. Il y a bien une limite au nombre de mouton dans une étable.
Il est évidant que ce système auto-suffisant croissant va rencontrer tôt ou tard une limite physique terrestre. Efficace en chien pour générer de la richesse, il y a quand même d'énorme défi qui nous attendent pour le satisfaire sur un horizon infini la demande en ressources naturelles. On ne regarde pas Mars et la Lune par pure plaisir astronomique.

Un Nœud Gordien Chaotique
 Soit que l'on accepte de plafonner la dette (donc cesser de rembourser et par incidence on stoppe la production avec les conséquences sociales concomitantes) soit que la limite des ressources sur Terre l'arrête avec les conséquences sociales concomitantes et les pénuries de ressources).  Je ne m'attarde pas sur ces conséquences concomitantes, vous savez qu'à la chaise musicale celui qui reste debout est éliminé. (ok, pour être plus prosaïque on peut penser aussi à la pyramidale de ponzi mais on peut imaginer pire si c'est une population ou une génération entière qui se retrouve en défaut)

Une humanité lucide de cette course en avant à plus de chance d'éviter les obstacles qu'un idiot qui court après la carotte sans regarder devant lui. C'est systémique mais pas incontrôlable.

Et si vous suivez bien ma pensée, vous devriez comprendre que la musique de la fête cessera un jour et on devra bien s'asseoir quelque part.



Triomphe de Bacchus  par Cornelis de Vos (1584–1651) (Museo de Prado, Madrid)(1584)(1651)

2 commentaires:

Stéphane Laborde a dit…

Pas tout à fait. La croissance n'a pas de lien avec la matière ce n'est pas vrai.

Si je donne des cours de maths à A qui emprunte pour me les payer, puis que j'emprunte pour payer à A des cours de physique plus cher pour qu'il puisse payer ses intérêts, alors il y a croissance sans matière.

La croissance est AUSSI (surtout en fait) immatérielle, par la création d'information, de formation, d'outils immatériels comme les logiciels (qui sont des process automatisés d'information) etc...

Donc le problème de la monnaie N'EST PAS, lié aux ressources matérielles.

C'est un problème systémique qui demande de se poser la question : pourquoi chacun n'a-t-il pas le droit à créer de la monnaie, comment pourrions nous CONCEVOIR un système où chacun serait non pas emprunteur potentiel, mais créateur de monnaie dans le respect des autres ?

http://www.creationmonetaire.info/2010/02/droits-de-lhomme-et-dividende-universel.html

François Lessard a dit…

Bonne réplique, M.Laborde. Vous me démontrez par A+B que l'économie est aussi immatériel. Mais si je vous obligeais a reprendre la même argumentation en utilisant non plus un échange de service mais un échange de bien, suis-je en droit de dire que l'économie de l'argent-dette force une croissance matériel DONC générera à terme une possibilité de pénurie de ressources?
Je pose cette question naïvement sans arrière pensée... Et je vais me plonger dans votre lien pour m'instruire un peu plus...